La colombophilie du Nord–Pas-de-Calais conserve une place majeure dans le sport colombophile français. Ses concours fédéraux réunissent toujours des contingents importants. Des compétitions entre groupements montrent également que les amateurs répondent présents lorsqu’ils trouvent un programme sportif qui leur donne envie de jouer.
Cette vitalité ne doit pourtant pas masquer une question devenue pressante : qui organisera les concours dans dix ans, et pour combien de participants ? C’est autour de cette interrogation qu’une cinquantaine de responsables de sociétés, d’ententes et de groupements ont échangé lors de la réunion organisée par la Fédération colombophile Nord–Pas-de-Calais.
Des effectifs en baisse et une pyramide des âges préoccupante
Le premier constat est connu, mais son ampleur mérite d’être rappelée. La région comptait 5 469 licenciés en 2016, contre 3 675 en 2026. Elle a perdu 1 794 licenciés en dix ans, soit près d’un tiers de ses effectifs. La baisse s’est installée progressivement.

La pyramide des âges rend les années à venir particulièrement sensibles. L’âge médian des licenciés est de 62 ans. Plus de la moitié d’entre eux ont 60 ans ou plus, tandis que 13 % ont moins de 40 ans. Ces chiffres ne préjugent évidemment pas de la durée pendant laquelle chacun continuera à pratiquer : beaucoup d’amateurs âgés restent très actifs et assument des responsabilités essentielles. Ils montrent toutefois que les générations les plus nombreuses avanceront ensemble en âge et que la relève demeure limitée.


Le diagnostic présenté lors de la réunion propose un scénario pour mesurer cet enjeu. En supposant chaque année l’arrivée de nouveaux licenciés à hauteur de 2 % de l’effectif, la région passerait de 3 675 licenciés en 2026 à 2 749 en 2031, puis 2 029 en 2036. Cela représenterait une baisse de près de 45 % en dix ans, malgré ces arrivées régulières. Et c’est un scénario optimiste… C’est à Lille et à Avesnes que le recul projeté serait le plus marqué.
Il s’agit d’une projection, pas d’un résultat annoncé comme certain. Les départs selon l’âge reposent sur des hypothèses, et les chiffres peuvent changer si la région recrute davantage ou fidélise mieux les amateurs. Le modèle donne néanmoins la mesure du travail à accomplir : pour maintenir les effectifs au terme des dix prochaines années, il faudrait, selon cette estimation, accueillir en moyenne environ 280 nouveaux licenciés par an, puis leur donner les moyens de continuer à jouer.

Les 689 ouvertures de licence recensées depuis 2021 constituent à cet égard un signal encourageant. Il reste à mieux comprendre ce qu’elles recouvrent : premiers pas dans la colombophilie, retours après une interruption ou réaffiliations. Surtout, il faut savoir combien de ces amateurs poursuivent la pratique plusieurs saisons.

Le risque concerne aussi ceux qui organisent les concours
La baisse des licenciés ne se résume pas à une ligne dans un tableau. Elle touche les sociétés qui assurent l’accueil des amateurs et les bénévoles qui font fonctionner chaque concours. La région compte 218 sociétés. Parmi elles, 116 ont quinze licenciés ou moins et 155 en ont vingt ou moins. Dans ces structures, quelques départs peuvent suffire à compliquer la tenue d’un bureau, d’un enlogement ou d’une activité régulière.
Les groupements sont eux aussi exposés. Organiser une saison suppose de construire un programme, de prévoir le ramassage et le transport, de réunir des bénévoles et de maîtriser des coûts dont une partie demeure même lorsque les effectifs diminuent. Si le nombre d’amateurs et de pigeons engagés baisse fortement dans certains territoires, plusieurs organisateurs de concours pourraient atteindre leurs limites plus tôt qu’on ne l’imagine, dans les deux à trois ans.
Les groupements pourraient être les premiers confrontés à cette difficulté, avant la région. Les concours fédéraux bénéficient aujourd’hui d’une participation toujours soutenue : 85 248 pigeons engagés en 2025, un peu moins en 2026, dans un contexte météorologique difficile. Ce chiffre témoigne d’une activité sportive réelle. Il ne met pas durablement la région à l’abri d’une baisse du nombre de pratiquants, mais il explique pourquoi la fragilité peut apparaître d’abord à l’échelle d’organisations plus petites.

Le recul dépasse d’ailleurs les seules licences. Entre 2016 et 2026, les ventes de bagues sont passées de 219 150 à 143 800 dans le Nord–Pas-de-Calais, soit une baisse de 34,4 %. À l’échelle nationale, elles ont reculé de 29,2 % sur la même période. Cette évolution rappelle que la transformation de notre sport concerne à la fois ses pratiquants, son activité et les ressources de ses organisateurs. Nier le besoin de ressources supplémentaires, voire les refuser pour quelques euros, ce serait condamner bien des organisations, à tous les niveaux.

Un débat franc sur la manière de jouer demain
La réunion a permis des échanges riches, parfois vifs. Tous voient les changements à venir, mais les réponses à leur apporter ne font pas consensus. Les organisations actuelles portent une histoire, des habitudes de jeu et un engagement bénévole. Elles ont aussi permis de bâtir les compétitions qui font aujourd’hui la force de la région. La difficulté consiste à les faire évoluer assez tôt pour que les amateurs de demain disposent, eux aussi, de concours accessibles et attractifs.
Par moments, le débat a pu donner l’impression d’un « combat » entre les anciens et les plus jeunes. Ce ressenti mérite d’être entendu. Un jeune amateur doit pouvoir se projeter dans une colombophilie qui lui propose des rendez-vous sportifs stimulants, une organisation compréhensible et des conditions de participation compatibles avec sa vie personnelle. Mais la volonté de faire évoluer les concours ne dépend pas d’une date de naissance. De nombreux bénévoles expérimentés souhaitent transmettre ce qu’ils ont construit et garantir que le sport puisse continuer.
La question à traiter ensemble est donc très concrète : quelle offre sportive permettra encore de jouer dans de bonnes conditions alors que le nombre de licenciés baisse — et pas forcément le nombre de pigeons ? Cette offre sportive concerne le calendrier, la taille des concours, les transports, les lieux d’enlogement, les classements et la capacité des bénévoles à tenir dans la durée. Les réponses pourront varier selon les territoires, dont les effectifs et les pratiques ne suivent pas tous la même trajectoire.
Le demi-fond au cœur des échanges
Le demi-fond a occupé une place importante dans la discussion. Plusieurs participants ont exprimé une forte demande pour que la région organise elle-même des concours de demi-fond, au-dessus des groupements. D’autres questions ont porté sur la coordination entre groupements et sur la possibilité d’offrir aux amateurs des compétitions communes plus régulières.
Cette demande traduit une attente sportive : disposer de concours lisibles, rassemblant suffisamment de pigeons et proposant de véritables rendez-vous au fil de la saison. Elle soulève aussi des questions d’organisation que l’on ne peut régler en une matinée. Quel rôle conserveraient les groupements ? Comment construire les parcours et les classements ? Quelles seraient les conséquences pour le transport, les coûts et les bénévoles ?
Les participants n’ont pas arrêté un nouveau modèle de demi-fond. Les échanges ont en revanche montré qu’il fallait travailler sur une proposition concrète, à partir d’un calendrier et de concours identifiés. C’est sur cette base que les différentes options pourront être comparées.
Deux propositions pour poursuivre le travail
La matinée s’est achevée autour de deux pistes de travail.
1. Construire un calendrier de demi-fond plus attractif. La première consiste à réunir l’ensemble des groupements afin de tenter de construire ce calendrier. L’objectif serait d’identifier des rendez-vous sportifs partagés entre plusieurs groupements, en tenant compte des pratiques locales et des moyens nécessaires pour les organiser. Cette réunion devra permettre de passer des principes aux possibilités concrètes : quels concours mettre en commun, à quelles dates et selon quelles modalités ?
2. Réfléchir à une organisation régionale autour de quatre groupements. Une telle perspective demande un examen approfondi. Il faudra mesurer ce qu’elle pourrait apporter à l’organisation des concours, à la répartition du travail bénévole et à la capacité de chaque territoire à rester proche de ses amateurs. Aucun découpage ni fonctionnement n’a été arrêté lors de cette première rencontre.
Ces deux travaux sont liés. Le calendrier sportif à proposer doit guider la réflexion sur les moyens de l’organiser. La vie des sociétés, l’accueil des nouveaux colombophiles et les possibilités de jouer près de chez soi devront rester au centre de cette discussion.
La rencontre du 26 septembre a montré que les désaccords existent, mais aussi qu’il y a matière à travailler ensemble. Le Nord–Pas-de-Calais dispose encore de concours puissants, de bénévoles engagés et d’amateurs attachés à la compétition. C’est maintenant, alors que cette force existe, qu’il faut préparer les conditions pour qu’un jeune licencié puisse encore trouver sa place et jouer aux pigeons dans dix ans.
